L’ouverture est possible… si nous la permettons.
Malgré tout son potentiel supposé, l’immigration est profondément impopulaire aujourd’hui. L’immigration de réfugiés et de demandeurs d’asile l’est encore davantage, car les appels humanitaires ne résonnent guère auprès des électeurs. La plupart veulent voir des bénéfices clairs pour leur propre pays, pas seulement de la compassion pour des étrangers. C’est pourquoi élargir les admissions de réfugiés est politiquement beaucoup plus difficile que la migration qualifiée ou de main-d’œuvre.
Le postulat de cette newsletter est que progresser de manière significative sur l’immigration nécessite plus qu’un meilleur discours — cela requiert de meilleures politiques. J’ai donc voulu commencer par l’un des cas les plus difficiles et écrire sur une solution possible pour rendre l’immigration humanitaire plus populaire et durable. Ce que j’ai appris en travaillant sur cet article, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être un progressiste au grand cœur pour soutenir les réfugiés.
Voici les programmes de parrainage privé ou communautaire de réfugiés en vue d’une réinstallation permanente. Ce modèle a été lancé au Canada en 1979 et est désormais envisagé ou expérimenté dans d’autres pays, dont les États-Unis. Cette innovation politique répond directement à une réplique sceptique courante dans les débats politiques sur l’immigration et les obligations humanitaires : « Pourquoi ne les hébergez-vous pas vous-même ? » Cette question, souvent utilisée par les sceptiques pour sous-entendre l’hypocrisie des défenseurs pro-immigration, pointe vers les coûts réels et perçus de la réinstallation supportés par les contribuables.
Mais la simple vérité est que beaucoup de gens aideraient volontiers les réfugiés avec leur propre argent et leurs propres ressources — ils ne peuvent tout simplement pas le faire légalement. En dehors du Canada, dans la plupart des pays du monde — riches ou pauvres, démocraties ou autocraties — seuls les gouvernements décident qui peut immigrer ou s’y réinstaller et comment, indépendamment de la générosité de leurs populations. Cette question transcende les clivages idéologiques — les congrégations orthodoxes ne peuvent pas faire venir des croyants culturellement proches, tandis que les humanitaires ne peuvent pas aider des familles en danger même s’ils veulent le faire à leurs propres frais.
Le parrainage communautaire vise à changer cela. Il offre aux individus et aux organisations privées volontaires un moyen légal d’agir selon leurs motivations pour aider les migrants, de partager les coûts financiers et sociaux de la réinstallation, et de montrer les bénéfices tangibles de la migration à leurs communautés. Tout aussi important, contrairement à d’autres politiques pro-immigration, il crée un électorat durable de citoyens conservateurs et progressistes ayant un intérêt direct dans l’immigration et la protection des réfugiés. Bien que ce soit un contrefactuel difficile à prouver, je suis de plus en plus convaincu que si le Canada n’avait pas été le pionnier du parrainage il y a 45 ans, il aurait réinstallé bien moins de réfugiés, et sa politique d’immigration serait bien plus conflictuelle.
Qu’est-ce que le parrainage communautaire et comment fonctionne-t-il ?
Le parrainage communautaire est un ensemble de politiques qui permettent aux individus, aux groupes communautaires et aux organisations à but non lucratif de parrainer des réfugiés spécifiques pour une réinstallation dans leur pays, en complément ou indépendamment de la réinstallation traditionnelle par le gouvernement. Les parrains couvrent le logement et les besoins de base, offrent des liens sociaux et aident à l’intégration, pour une période définie, généralement de douze mois après l’arrivée.
Le Canada gère le système le plus ancien et le plus développé. Depuis 1979, des centaines de milliers de Canadiens ordinaires ont aidé à réinstaller environ 400 000 réfugiés parrainés par le secteur privé avec l’aide de plus de 200 groupes locaux et confessionnels, le tout en plus des arrivées assistées par le gouvernement. Ces dernières années, une légère majorité des réfugiés réinstallés sont arrivés via le parrainage privé, et les objectifs fédéraux prévoient désormais davantage d’admissions privées que d’admissions assistées par le gouvernement. Voici le schéma de base de la version actuelle du programme canadien de Parrainage privé de réfugiés (PPR) :
Qui peut parrainer : Des petits groupes de cinq citoyens canadiens ou résidents permanents ou plus (« G5 »), des Parrains communautaires (organisations locales telles que des associations culturelles, des écoles ou des municipalités), et des Signataires d’entente de parrainage (« SEP ») qui sont des organismes de bienfaisance, des communautés confessionnelles ou des associations à but non lucratif préalablement approuvés par le gouvernement. Les SEP éduquent et soutiennent aussi les parrains et les personnes parrainées, et aident à résoudre les problèmes qui surviennent.
Qui peut être parrainé : Les parrains canadiens peuvent « nommer » une personne à l’étranger qui répond à la définition canadienne du réfugié. Pour les parrainages par les G5 ou les Parrains communautaires (mais pas les SEP), la personne doit aussi généralement être déjà reconnue comme réfugiée par le HCR ou un État étranger.1 Étant donné que les places de réinstallation mondiales sont rares (le HCR prévoit environ 2,5 millions de réfugiés ayant besoin de réinstallation en 2026, une fraction des plus de 30 millions de réfugiés reconnus dans le monde), le bassin éligible est assez limité. En pratique, la grande majorité des cas nommés sont des parents éloignés ou des amis proches de personnes vivant au Canada.
Ce qui est exigé des parrains : Les parrains s’engagent à 12 mois de soutien : fonds de démarrage, soutien au revenu, logement et aide pratique pour l’école, le travail et la langue. Les directives gouvernementales suggèrent de prévoir un budget d’environ 26 700 CAD pour une famille de trois personnes (minimum, variable selon le lieu et le soutien en nature).
Ce qui arrive aux personnes parrainées : Les réfugiés réinstallés arrivent en tant que résidents permanents, bénéficient d’une couverture santé intérimaire financée par le fédéral, et après l’année de parrainage, peuvent accéder aux prestations provinciales régulières comme tous les autres résidents.
Ce que le gouvernement fait toujours : Il fixe et gère les objectifs annuels d’admissions (actuellement 21 000 à 26 000 pour 2025, avec les nouvelles demandes de PPR suspendues jusqu’en décembre 2025 pour réduire les retards), vérifie les demandes, effectue les contrôles de sécurité et médicaux, délivre les visas et la résidence permanente, et supervise la conformité dans tous les volets de réinstallation. Les gouvernements fédéral et provinciaux sont responsables de la couverture santé dès l’arrivée et des autres prestations auxquelles ont droit les résidents permanents.
Le système est désormais considéré comme un modèle mondial qui a inspiré des adaptations dans au moins 14 autres pays tout en obtenant des engagements financiers et autres de la part de dizaines d’organisations. En 2016, avec le HCR et un ensemble de partenaires associatifs, le gouvernement du Canada a lancé l’Initiative mondiale de parrainage de réfugiés pour promouvoir le parrainage communautaire comme voie complémentaire de réinstallation dans le monde. Depuis 2013, le Canada gère aussi un volet « mixte », le programme de Visa de Bureau mixte (BVOR), où les parrains sont jumelés à des réfugiés référés par le HCR (plutôt que nommés) et les coûts sont partagés avec le gouvernement. De nombreux pays ont calqué leurs programmes de parrainage sur cette approche par jumelage ou sur l’approche traditionnelle par nomination, avec des paramètres variables.
En Australie, par exemple, les programmes de parrainage peuvent impliquer un soutien des entreprises, mais sont explicitement comptabilisés dans le même quota annuel du Programme humanitaire. Aux États-Unis, le Welcome Corps fournit seulement les 90 premiers jours de services essentiels, les arrivants entrant en tant que réfugiés et demandant la résidence permanente après un an. En Italie, le programme des « Corridors humanitaires » ne permet qu’aux organisations (pas aux individus) de parrainer des personnes titulaires de visas humanitaires, de sorte qu’il n’y a pas de résidence permanente garantie à l’arrivée.
Pourquoi le parrainage communautaire recueille plus de soutien que la réinstallation ou l’asile
Bien que le programme canadien ait parfois été critiqué pour le jumelage parrain-réfugié, les longs délais d’attente et les tensions avec les quotas gouvernementaux, il n’a provoqué aucun retour de bâton significatif de la droite. Il n’en va pas de même pour l’immigration humanitaire en général — et l’asile en particulier — qui suscite souvent des préoccupations de chaos aux frontières, sans doute un moteur majeur de la récente résurgence populiste dans le monde. Même au Canada, le droit des étrangers à demander l’asile à la frontière est beaucoup plus controversé que la réinstallation assistée par le gouvernement ou le parrainage privé, ou encore l’aide étrangère.
La promesse politique du parrainage communautaire réside précisément dans la manière dont il canalise les impulsions à la fois altruistes et quelque peu paroissiales des citoyens — aider des gens auxquels on peut s’identifier — dans un cadre structuré pour réinstaller des populations vulnérables venues de l’étranger tout en maximisant le succès de l’intégration et en minimisant les craintes des sceptiques. En fournissant aux individus et aux organisations un moyen légal et efficace d’aider, le parrainage communautaire rend la réinstallation des réfugiés à plus grande échelle plus politiquement durable dans des environnements anti-immigration autrement hostiles.
Premièrement, il permet aux citoyens volontaires d’agir en fonction de leurs convictions humanitaires au-delà de l’aide aux migrants déjà présents ou du vote pour un parti préféré, en laissant la protection des réfugiés uniquement aux mains des politiciens et des bureaucrates. L’acte de parrainage communautaire construit des réseaux civiques et des groupes de citoyens durables, investis dans la réinstallation et la réussite des immigrants plus généralement. Les recherches menées au Canada et dans d’autres pays montrent que les parrains rapportent massivement des expériences positives et des liens renforcés avec leurs communautés.
Deuxièmement, il fait appel aux intuitions conservatrices de localisme, de foi et de contrôle, surtout lorsque la « nomination » des réfugiés parrainés est autorisée. Ce n’est pas un hasard si les racines du programme canadien de parrainage privé se trouvent dans l’aide confessionnelle et le volontariat civique local. Les communautés religieuses géraient déjà des ministères d’établissement et pressaient l’État de partager la responsabilité, puis se sont engagées en tant que « partenaires réticents » mais enthousiastes lors de la réinstallation des réfugiés d’Asie du Sud-Est à la fin des années 1970. Selon une enquête récente auprès des organismes de parrainage au Canada, 60 % d’entre eux appartiennent encore à une organisation religieuse, tandis que 22 % se concentrent sur une autre communauté ethnique ou un groupe non religieux particulier.
Troisièmement, le parrainage communautaire répond explicitement aux craintes courantes du public. Parce que les parrains assument une grande partie des coûts et de la responsabilité, les charges fiscales perçues sont moindres. Parce que les groupes de parrainage tendent à être profondément impliqués dans l’aide aux réfugiés qu’ils parrainent — recherche de logement, mise en relation des nouveaux arrivants avec les écoles et les emplois — les résultats en matière de cohésion sociale et d’intégration devraient être meilleurs. Bien qu’aucun essai randomisé n’existe, les études observationnelles constatent généralement de meilleurs résultats d’intégration en matière d’emploi et de revenus pour les personnes parrainées par le privé par rapport aux réfugiés assistés par le gouvernement, ce qui n’est qu’en partie expliqué par un biais de sélection. Une étude récente du gouvernement canadien a révélé qu’après un an, 75 % des réfugiés parrainés par le privé avaient des revenus d’emploi contre 37 % des réfugiés assistés par le gouvernement, et le recours à l’aide sociale était de 16 % contre 93 %, avec des avantages persistant sur plusieurs années.
À ma grande surprise, cependant, malgré près d’un demi-siècle du programme canadien de parrainage privé et sa récente prolifération mondiale, les données directes d’opinion publique sur le sujet sont rares. Le seul rapport que j’ai pu trouver sur les attitudes du public et le parrainage a trouvé un soutien élevé mais s’appuyait principalement sur des preuves indirectes ou qualitatives (par exemple, des attitudes générales plus positives envers l’immigration parmi les personnes ayant participé ou vivant dans des zones à fort taux de parrainage). Après une enquête plus approfondie, qui m’a pris bien plus de temps que je ne voudrais l’admettre, j’ai pu localiser quelques sondages pertinents qui interrogent directement les gens sur leur soutien aux programmes de parrainage.
Voici les principaux rapports et leurs conclusions :
Au Canada, une vaste majorité connaît le programme de réinstallation privée (ce qui est impressionnant étant donné le faible niveau général de connaissances politiques dans l’opinion publique). Une nette majorité — en particulier ceux qui sont au courant — le perçoit favorablement. Selon les sondages Environics de 2018 et 2021, environ 3 à 7 % disent avoir été directement impliqués, 15 à 25 % disent connaître personnellement un parrain, et environ la même proportion dit vouloir participer à l’avenir. Un sondage McGill de 2017, qui demandait explicitement si le parrainage privé ou la réinstallation gouvernementale fonctionnait mieux, a trouvé que significativement plus de répondants choisissaient le premier (41 % contre 6 %, le reste étant indécis).
Un sondage Environics de 2021 a constaté que, parmi la petite minorité qui perçoit le parrainage privé négativement (13-16 %), les raisons se regroupent autour de la gestion du programme (charge pour les contribuables, ressources insuffisantes) ou de perceptions défavorables des réfugiés (préoccupations concernant l’intégration ou la concurrence pour les ressources). Bien que ces sceptiques n’aient pas été interrogés sur d’autres politiques, il est raisonnable de supposer qu’ils ont des préoccupations similaires ou plus fortes concernant la réinstallation gouvernementale traditionnelle.
En Allemagne, un sondage More in Common de 2016 mené pendant la crise syrienne a trouvé 45 % de personnes favorables à l’introduction d’un programme de parrainage, avec environ un tiers d’opposés. Ces niveaux dépassaient la positivité générale envers les « réfugiés » à l’époque. Quarante pour cent déclaraient aussi avoir donné ou fait du bénévolat pour aider les réfugiés, et 22 % disaient être prêts à participer à un programme de parrainage.
Au Royaume-Uni, un sondage More in Common de 2021 a trouvé 48 % de soutien et 34 % d’opposition à l’accueil de davantage de réfugiés (afghans) via le parrainage communautaire. Le soutien net était de 14 points supérieur à celui de la réinstallation générale, principalement grâce à une opposition moindre parmi les segments socialement conservateurs et anti-immigration de la population.
En Pologne, un sondage CMR Ipsos de 2024 a trouvé 31 à 39 % de soutien pour l’introduction d’un programme de parrainage — le seul cas que j’ai vu où l’opposition dépassait quelque peu le soutien. Même ainsi, le parrainage communautaire était plus populaire que la réinstallation traditionnelle menée par le gouvernement. Un sondage antérieur de mai 2022, réalisé peu après le début de la guerre en Ukraine par la même équipe de recherche, rapportait des chiffres de soutien beaucoup plus élevés.
Aux États-Unis, un sondage YouGov de 2023 au lancement du Welcome Corps a montré 60 % de soutien global, dont 76 % chez les démocrates et 53 % chez les républicains. Compte tenu de la forte saillance de la question frontalière et d’un refroidissement thermostatique sur l’immigration durant l’administration Biden, ces chiffres sont notables. Environ un Américain sur quatre exprimait également un intérêt à parrainer personnellement un réfugié dans les années à venir.

Bilan : Le parrainage communautaire est largement populaire — des majorités absolues ou de fortes pluralités le soutiennent dans divers contextes — et il tend à surpasser la réinstallation exclusivement gouvernementale et de nombreuses autres politiques humanitaires.
Pourquoi ne s’est-il pas davantage répandu ? Les principaux obstacles et limites du parrainage
Si le parrainage communautaire fonctionne si bien, pourquoi ne s’est-il pas propagé plus largement ? Malgré mon rappel constant aux défenseurs de l’immigration que les intentions humanitaires sont plus rares qu’ils ne le supposent, mon sentiment est que la réponse n’est probablement pas un manque de citoyens volontaires. Les sondages canadiens que j’ai décrits plus tôt montrent qu’une part petite mais significative du public a déjà participé (environ 3-7 %), ou aimerait participer (encore 5-15 %) si on leur en donnait l’occasion. Cela correspond bien à mes propres enquêtes et expériences incitatives : si la plupart des gens privilégient naturellement leur propre bien-être ou celui de leur pays, au moins 10 % dans les démocraties riches affichent des motivations humanitaires prononcées et sont prêts à bénéficier des étrangers même à un coût personnel. Même en prenant un plafond très conservateur de 5 % de la population en âge de travailler comme bassin potentiel de parrains, cela reste un grand nombre. Extrapolé aux États-Unis et aux autres démocraties riches, cela implique des millions de parrains potentiels. En bref, l’enthousiasme du public semble suffisant.
Le goulet d’étranglement est la volonté et la capacité du gouvernement. L’innovation politique en matière d’immigration est lente, surtout lorsque les dirigeants veulent des preuves claires de succès avant de passer à l’échelle. Même le célèbre système canadien d’immigration à points pour les travailleurs qualifiés a mis des années à devenir une pratique mondiale. Et le parrainage exige plus que de la bonne volonté — il demande une véritable capacité administrative.
Les gouvernements doivent vérifier les parrains, contrôler les réfugiés, délivrer des visas, organiser les voyages, suivre les dossiers et intervenir en cas de défaillance. De nombreux pays n’ont pas l’infrastructure bureaucratique ni la confiance en la société civile pour gérer cela. Les coûts de démarrage pour construire des réseaux de parrains, former des groupes et les accompagner dans le processus sont significatifs. Le financement philanthropique initial a augmenté récemment mais reste modeste, et les responsables voient rarement suffisamment d’avantages pour surmonter l’inertie.
Même si certains de ces goulets d’étranglement s’atténuent, le parrainage communautaire ne va clairement pas résoudre seul les crises de déplacement mondiales. Il y a plus de 35 millions de réfugiés dans le monde, avec 2 à 3 millions désignés comme cas de réinstallation urgente, et chaque année, seule une fraction est réinstallée quelque part. Si chaque nation riche décidait d’adopter le modèle canadien de parrainage demain, les chiffres totaux se compteraient toujours en centaines de milliers par an, pas en millions.
De plus, le parrainage communautaire ne traite pas la question désordonnée et politiquement toxique des passages spontanés de frontières et des demandes d’asile. Le parrainage n’est tout simplement pas conçu pour ces scénarios — il est ordonné et sélectif, soit l’inverse des flux chaotiques. Certains économistes du développement — et maintenant même The Economist — soutiennent que le système d’asile est dépassé et devrait être reconstruit autour de la protection et du travail légal dans les pays hôtes proches, avec moins de camps et davantage de voies légales avec un traitement régional pour décourager les voyages dangereux. Dans cette configuration repensée, le parrainage communautaire pourrait servir de canal pour rediriger certains demandeurs d’asile potentiels vers des programmes gérés soutenus par les citoyens. Mais concrétiser cela nécessiterait des changements politiques bien au-delà du seul parrainage.
Intermède : le cas réussi mais éphémère du Welcome Corps américain
L’expérience américaine récente de deux ans en matière de parrainage illustre à la fois l’attrait et la fragilité du parrainage. Le Welcome Corps, lancé en 2023 comme programme pilote au sein du programme fédéral d’admission des réfugiés, a invité les Américains à former des groupes et à parrainer directement des réfugiés pour la première fois. Plusieurs observateurs l’ont même qualifié de « révolution » dans les admissions de réfugiés aux États-Unis, voire dans la politique d’immigration en général. La réponse a été remarquable : plus de 160 000 personnes dans chaque État se sont inscrites comme intéressées en deux ans. Les États les plus engagés allaient du Minnesota et de la Californie au Texas et à l’Indiana, montrant une diversité géographique et politique.
L’opinion publique correspondait à cet enthousiasme. Un sondage YouGov a trouvé que 60 % des Américains soutenaient l’idée, dont 76 % des démocrates et 53 % des républicains. Qu’une politique pro-immigration initiée par une administration démocrate obtienne le soutien majoritaire des républicains en 2023 était frappant.
Parallèlement, le programme n’a généré aucun retour de bâton évident. Certains groupes anti-immigration ont tiré la sonnette d’alarme sur les risques potentiels de fraude et de vérification insuffisante (ce qu’ils font pour pratiquement tous les programmes d’immigration), mais un examen du Niskanen Center a jugé ces préoccupations infondées. Les réfugiés subissaient les mêmes contrôles de sécurité que dans les autres voies de réinstallation, et les parrains eux-mêmes faisaient l’objet de vérifications d’antécédents et de formations. Aucun scandale majeur ne s’est produit : les réfugiés étaient contrôlés, les parrains étaient soutenus par des associations intermédiaires, et les dossiers avançaient sans encombre.
Le cas américain démontre le potentiel politique du parrainage : un enthousiasme de terrain, un écho bipartisan large et aucun retour de bâton visible. Ce n’est pas une preuve de succès à long terme, mais cela montre à quel point le modèle résonne avec la culture civique américaine. Le Welcome Corps n’a pris fin que parce que les admissions de réfugiés en général ont été suspendues par la seconde administration Trump début 2025 — pas en raison d’une opposition explicite au programme lui-même. S’il est relancé un jour, il continuerait probablement à susciter un intérêt bipartisan.
En tirant les leçons du Canada, du programme pilote américain et d’autres pays, nous pouvons tenter d’identifier certains principes de conception clés qui rendent un programme de parrainage communautaire à la fois plus durable et extensible, d’une vérification rigoureuse des participants à une administration bien financée. J’écrirai sur ces aspects, ainsi que sur les extensions possibles du programme, dans un article séparé à l’avenir. Pour l’instant, je souhaite mettre en lumière deux caractéristiques que je considère particulièrement importantes pour le succès politique du programme (notamment absentes de la version initiale du Welcome Corps américain) : la nomination et l’additionnalité.
Nomination et additionnalité : les principes clés du parrainage et les débats qu’ils suscitent
Comme pour tout compromis politique raisonnable, les programmes de parrainage communautaire et leurs principes clés ont aussi été débattus et critiqués tant à gauche qu’à droite. Commençons par le principe de nomination mentionné plus haut, qui permet essentiellement aux parrains au Canada de choisir des réfugiés spécifiques (du moins parmi ceux qui sont éligibles à la réinstallation selon la loi). Ce principe soulève des questions évidentes d’équité : ces réfugiés sont-ils les plus vulnérables, ou simplement les mieux connectés ? Ces préoccupations ont conduit certains analystes de gauche à critiquer la nomination dans le parrainage privé comme inéquitable, puisqu’elle tend à favoriser les réfugiés qui ont de la famille ou des amis à l’étranger.
Bien que j’aie trouvé relativement peu de critiques explicites de la droite canadienne portant sur le programme en tant que tel, les préoccupations que j’ai trouvées sont presque l’image miroir. En particulier, certains craignent que le parrainage privé puisse devenir une porte dérobée sournoise pour augmenter l’immigration moins qualifiée, en termes relatifs ou absolus. Parce que les parrains nomment généralement leurs proches ou amis de même origine ethnique, le programme pourrait être utilisé pour faire venir des personnes qui ne seraient pas éligibles dans les voies plus strictes à points. L’aspect le plus troublant pour ces critiques est que le parrainage conduit à une réinstallation permanente, ce qui signifie que les personnes accueillies — et leurs descendants — pourraient avoir recours aux prestations financées par les contribuables s’ils contribuent moins en impôts qu’ils ne consomment. Étant donné l’expérience décevante de la Suède en matière d’amélioration des résultats budgétaires pour les migrants humanitaires et leurs familles malgré des efforts d’intégration soutenus, cette critique ne devrait pas être écartée à la légère.
Comme certains le soutiennent à juste titre, toutefois, l’une des forces du programme canadien par rapport à ses nombreux dérivés est précisément que les parrains sont autorisés (mais pas obligés) à nommer des réfugiés spécifiques. Les préoccupations d’équité et de capital humain mises à part, la nomination puise dans les motivations les plus fortes des gens pour parrainer en premier lieu. Les individus et les groupes sont plus engagés lorsque la personne qu’ils accueillent n’est pas une inconnue, mais quelqu’un qu’ils connaissent déjà, ou quelqu’un avec qui ils ressentent un lien culturel ou religieux direct. Les relations préexistantes apportent souvent une langue et des coutumes partagées, ce qui peut faciliter l’intégration. Par ailleurs, les parrains peuvent aussi nommer des personnes qu’ils ne connaissent pas déjà, permettant des utilisations créatives comme le parrainage universitaire pour les étudiants réfugiés ou des partenariats axés sur les réfugiés issus de minorités sexuelles et de genre.
Parallèlement, les volets de jumelage uniquement comme le programme BVOR mentionné plus haut ont eu du mal à mobiliser et retenir un grand nombre de parrains. Après avoir complété un cas jumelé, de nombreux groupes finissent par chercher des voies leur permettant de nommer des personnes spécifiques pour aider leurs proches ou amis. Le Welcome Corps américain, par exemple, a connu une adoption plus rapide après avoir ajouté la possibilité de nomination dans la deuxième phase du programme, soulignant comment la capacité de nommer des personnes spécifiques peut stimuler la participation. En somme, la nomination fait fonctionner le programme politiquement en maintenant l’engagement civique sur des décennies, même si elle peut compliquer les idéaux puristes de protection humanitaire impartiale ou de sélection par compétences.
Mais la critique structurelle la plus sérieuse du programme concerne le principe d’additionnalité ou son absence. Le parrainage augmente-t-il réellement la protection des personnes vulnérables, ou se substitue-t-il à l’action gouvernementale ? En 1979, lorsque le programme a débuté lors de la réinstallation des Indochinois, le gouvernement fédéral a pris un engagement explicite d’un pour un (une admission assistée par le gouvernement pour chaque cas parrainé par le privé). L’engagement a été abandonné peu après en raison de l’accumulation des retards. Aujourd’hui, le gouvernement fixe des objectifs séparés pour les volets assistés par le gouvernement et parrainés par le privé, et les allocations peuvent passer de l’un à l’autre d’une année sur l’autre.
Cela soulève la préoccupation classique de l’« effet d’éviction » : si des bénévoles parrainent 10 000 réfugiés, un gouvernement soucieux des coûts pourrait réduire son propre accueil d’un montant similaire, sans augmentation nette. Le risque est débattu et difficile à prouver, mais certaines années, les admissions par PPR ont dépassé celles par GAR, ce que les parrains ont cité comme contredisant leurs attentes d’additionnalité — même si l’additionnalité ne fait plus partie de la théorie officielle du programme PPR.
D’un point de vue politique, cependant, même une substitution pure peut présenter un avantage : si les contribuables voient que des citoyens enthousiastes prennent en charge davantage de réfugiés, cela pourrait réduire le retour de bâton et maintenir un soutien global plus élevé que si le gouvernement essayait de tout faire seul. Cela répond aussi efficacement aux critiques conservatrices les plus saillantes du programme. Néanmoins, pour que le parrainage communautaire atteigne son plein potentiel, il doit idéalement compléter, même imparfaitement, et non se substituer entièrement à la réinstallation gouvernementale.
Des engagements clairs du gouvernement peuvent prévenir cela — que ce soit par des promesses que le parrainage privé ne réduira pas les quotas globaux, ou même par des formules qui augmentent la réinstallation officielle proportionnellement. La transparence est également essentielle : si les citoyens peuvent voir que leurs efforts élargissent véritablement le nombre total de réfugiés accueillis, davantage s’engageront. Des mécanismes créatifs pourraient renforcer ce lien, comme relier les contributions des parrains directement au financement d’arrivées supplémentaires assistées par le gouvernement. Quelle que soit la manière dont on y parvient, l’additionnalité, même partielle, est la clé pour libérer la promesse du parrainage : mobiliser la compassion privée pour aider les populations vulnérables au-delà du vote ou des dons caritatifs.
Alors, comment le parrainage peut-il améliorer notre politique d’immigration ?
Malgré les défis et limites actuels, je crois que le parrainage communautaire de réfugiés a un avenir prometteur. Son bilan au Canada montre qu’il peut rendre la réinstallation des réfugiés plus populaire et politiquement durable, même là où les politiques humanitaires traditionnelles se heurtent à l’hostilité. Les programmes qui donnent aux citoyens le pouvoir d’accueillir des réfugiés obtiennent systématiquement des taux d’approbation plus élevés que presque toute autre initiative d’immigration. Ils captent la bonne volonté de terrain qui resterait autrement inexploitée. Et ils profitent concrètement non seulement aux réfugiés, qui obtiennent une chance de nouvelle vie dans un environnement de soutien, mais aussi aux hôtes, qui trouvent souvent un nouveau sens et de nouveaux liens sociaux, et à leurs communautés, qui gagnent des travailleurs intégrés dans un contexte de déclin démographique.
À une époque de politique polarisée, le parrainage communautaire séduit de manière unique un large éventail démographique et parvient à rassembler des alliés improbables — groupes religieux et associations LGBT, associations d’anciens combattants et agences humanitaires, progressistes et conservateurs, petites villes et grandes métropoles. Cet effet de construction de coalitions est inestimable pour la durabilité à long terme de la protection des réfugiés. Il est beaucoup plus difficile de diaboliser les « réfugiés » dans l’abstrait quand vos voisins, collègues ou l’église de vos parents aident personnellement quelqu’un à s’installer à proximité.
Dans un avenir plus immédiat, nous assisterons probablement à une extension continue pays par pays. La nouvelle Initiative mondiale de parrainage de réfugiés conseille les gouvernements, et environ 14 pays ont lancé une version du programme depuis 2016. La plupart restent à taille pilote et n’ont réinstallé que quelques milliers de familles, bien que des voies séparées de regroupement familial pour les Ukrainiens aient accueilli des dizaines de milliers de personnes selon un principe de parrainage similaire.
Le véritable changement de paradigme serait que les États-Unis adoptent pleinement le parrainage communautaire avec nomination en parallèle de leur programme gouvernemental. Si les États-Unis activaient des centaines de milliers — voire des millions — de parrains volontaires, ou même atteignaient les taux canadiens par habitant, nous pourrions parler de centaines de milliers de réfugiés réinstallés annuellement par des moyens privés. Même si ces chiffres sont ambitieux, ils illustrent une capacité inexploitée significative. Les pays à hauts revenus n’accueillent collectivement qu’une petite fraction des réfugiés mondiaux aujourd’hui, mais en donnant à leurs propres citoyens le pouvoir de parrainer des réfugiés, ils pourraient augmenter cette part de manière politiquement durable.
Le parrainage communautaire ne résoudra pas la crise des réfugiés à lui seul, et il ne remplacera pas le besoin d’une action gouvernementale robuste et d’une coopération internationale. Mais il donnera à des dizaines de milliers de personnes un nouveau foyer sûr qu’elles n’auraient pas eu autrement. Dans un monde où tant du débat sur l’immigration est abstrait et empreint de méfiance, le parrainage communautaire offre un récit concret et intuitivement positif : des gens ordinaires travaillant ensemble sur quelque chose de compatissant et de constructif, avec des résultats visibles que beaucoup peuvent admirer même s’ils choisissent de ne pas y participer. C’est un antidote utile au cynisme et une raison de penser que, même si le parrainage communautaire ne transformera pas les chiffres mondiaux du jour au lendemain, il peut améliorer notre politique d’immigration sur le long terme, la rendant plus ouverte et humaine par conception.
Un grand merci à Gabriella D’Avino, Ania Kwadrans, Biftu Yousuf et aux fellows du BBI pour leur aide et leurs commentaires sur cet article.
Pour s’adapter aux pics de parrainage lors de crises spécifiques, le gouvernement a parfois levé cette exigence de reconnaissance (par exemple, pour de nombreux dossiers syriens en 2015-2017). ↩