Cet essai prolonge mon article dans le Washington Post et accompagne une intervention que j’ai récemment donnée à la Progress Conference 2026. Il s’adresse précisément aux personnes qui sont déjà favorables à l’immigration (qualifiée) et qui tiennent à la croissance économique, autrement dit aux milieux de l’abondance et du progrès. Je veux les convaincre qu’elles devraient faire de l’immigration des meilleurs talents leur cause emblématique, avant toute autre. Le discours a été remanié pour plus de clarté et légèrement étoffé, avec les sources et le contexte en notes.
Voici le chiffre que je veux faire connaître à tous ceux qui tiennent au progrès et à l’abondance : 80 %. C’est à peu près la proportion d’électeurs américains favorables à l’arrivée de davantage d’immigrés hautement qualifiés. Fait remarquable, ce chiffre tient quelle que soit la manière de poser la question, quelles que soient les personnes interrogées et quelle que soit la façon de présenter le sujet. Pourtant, aucun des deux partis n’a vraiment fait de cette politique favorable à la croissance une priorité. Pas plus, d’ailleurs, que la plupart d’entre nous ici. Elle recueille néanmoins de larges majorités au-delà des clivages partisans, y compris chez les électeurs encore indignés par la situation à la frontière et sceptiques sur l’immigration en général.1
Pensez-y. Huit Américains sur dix sont réellement d’accord sur quelque chose, dont la plupart des électeurs de Trump. C’est presque le cas d’école d’un « sujet 80/20 », ce genre de majorité écrasante que les stratèges politiques recherchent toute leur carrière et ne trouvent presque jamais. À titre de comparaison, dans des sondages récents, le développement du nucléaire a obtenu 59 % de soutien. De nombreuses propositions YIMBY peinent à atteindre ne serait-ce qu’une majorité. Le soutien à la « déréglementation » n’a jamais atteint 50 % en un quart de siècle de mesures. Si vous construisez une coalition autour de la croissance, attirer des talents est donc l’une des politiques favorables à la croissance les plus populaires qui soient. Et pourtant, nous la traitons comme un sujet trop dangereux pour y toucher.
Oui, je veux donc vous convaincre, vous tous ici, d’en faire davantage sur l’immigration. Pas n’importe quelle immigration, ni même l’immigration dite « qualifiée » en général, mais au moins la partie qui consiste à faire venir les meilleurs talents du monde travailler ici. Plus précisément, je parle de personnes aux capacités exceptionnelles que les employeurs se disputent et dont ils ne trouvent pas facilement l’expertise dans leur pays, même lorsqu’ils sont prêts à en payer le prix. Cela comprend des scientifiques et des ingénieurs de premier plan ayant une expérience très spécialisée en IA et dans d’autres domaines clés. C’est ce que j’appelle l’immigration des meilleurs talents.
On a beaucoup écrit sur ce qu’est l’immigration ou sur ses effets passés, et j’ai moi-même contribué à cette discussion. Mais aujourd’hui, ce que l’immigration pourrait être m’intéresse bien davantage. On peut avoir toutes sortes d’inquiétudes légitimes sur l’immigration, qu’il ne faut pas balayer, tout en reconnaissant que nous pourrions faire mieux sur ce sujet. Nous n’avons pas à être d’accord sur chaque migrant, ni même sur chaque travailleur H-1B, pour convenir que nous voulons au moins attirer ici les meilleurs talents étrangers. Pourtant, ce large soutien a peu protégé les immigrés qualifiés contre les nouvelles restrictions et les attaques.
Mon argument d’aujourd’hui comporte donc deux volets. Le premier est que l’immigration des meilleurs talents peut être dissociée du reste de la politique migratoire, qui la tient aujourd’hui en otage. Nous pouvons avancer sur la partie populaire sans régler tous les autres désaccords sur l’immigration. Le second est qu’être simplement favorable ne suffit pas. Attirer les meilleurs talents devrait passer en premier dans les programmes du progrès ou de l’abondance,2 ce qui signifie joindre les moyens aux paroles et parfois donner à ce sujet la priorité sur d’autres. Le talent est primordial, car les meilleurs talents que nous recrutons peuvent nous aider à accomplir presque tout le reste de ce que nous voulons faire, à commencer par l’IA.
L’IA montre ce que nous pourrions gagner ou perdre
L’intelligence artificielle—un sujet qui, j’en suis certain, importe réellement à beaucoup d’entre nous ici—illustre particulièrement bien ce que nous pourrions gagner en attirant les meilleurs talents ou perdre en n’y parvenant pas. La grande majorité des chercheurs de premier plan en IA dans ce pays sont nés ou ont été formés à l’étranger, et beaucoup viennent de Chine. L’avantage américain en IA est, dans une mesure remarquable, un avantage dû à l’immigration.3
Que nous tenions surtout au leadership américain en IA ou à la sécurité de l’IA, nous devrions nous soucier du lieu où les personnes qui la construisent réellement choisissent de travailler. Malgré notre système migratoire compliqué, les États-Unis restent la principale destination des meilleurs talents en IA et dans la plupart des autres domaines, mais la Chine réussit de mieux en mieux à retenir ses propres chercheurs. Recruter une personne qui, autrement, renforcerait un laboratoire dans un pays concurrent peut améliorer la position relative de l’Amérique. Et puisque la crainte de ce que fera la Chine explique en partie la pression pour développer l’IA rapidement, une position plus forte peut aussi nous donner davantage de latitude pour tester les systèmes avant de les diffuser. Tout scientifique formé en Chine ou ailleurs à l’étranger qui souhaite faire carrière ici est un contributeur potentiel à la recherche américaine. Avec les contrôles de sécurité appropriés, nous devrions juger le travail de chacun sur ses mérites et faire de notre mieux pour faire venir chaque personne ici afin qu’elle s’y installe durablement.
Mais nous savons aussi que le système permettant de faire venir ces personnes ressemble trop souvent, aujourd’hui, à une course d’obstacles. Dans une enquête auprès de chercheurs en IA vivant aux États-Unis, la grande majorité a désigné les problèmes de visas et d’immigration comme un sérieux obstacle à la recherche. Un changement de président ou de majorité au Congrès ne résoudra pas, à lui seul, cette question. Même une administration future bien plus accueillante hériterait des plafonds de visas et des files d’attente pour les cartes vertes, tandis que les employeurs devraient toujours composer avec les voies limitées et compliquées disponibles pour une recrue donnée.4 C’est-à-dire, à moins que nous n’agissions.
Nous pouvons dissocier les meilleurs talents du reste
Cela m’amène au premier volet de mon argument. Je suis assez certain que la plupart des personnes ici sont déjà favorables à l’immigration et conviennent sans hésitation qu’il faut faire venir des scientifiques et des ingénieurs de premier plan. La proposition moins évidente que je veux défendre est que nous pouvons poursuivre ce programme pour les meilleurs talents sans résoudre au préalable tout le débat sur l’immigration.
J’ai aujourd’hui le sentiment que les mouvements du progrès et de l’abondance, ainsi que la plupart des personnes du centre gauche et du centre droit, hésitent à défendre cette cause. Prenons, par exemple, Abundance d’Ezra Klein et Derek Thompson, le livre du mouvement. Il mentionne l’immigration qualifiée, mais la traite à peine comme un levier majeur de croissance. Quand j’ai exprimé ces réserves, des auteurs et des penseurs attachés au progrès m’ont dit en privé, plus d’une fois, que l’immigration était une bonne chose, mais trop clivante pour figurer explicitement dans leur proposition en faveur de la croissance. La mettre en avant, selon eux, pourrait éloigner des alliés et entraîner toutes les autres réformes utiles, du logement à l’abondance énergétique, dans une guerre culturelle plus vaste.
Je comprends ce réflexe. Je pense simplement qu’il cède trop de terrain. On peut aussi soutenir qu’il est contre-productif : si vous ne présentez pas d’arguments positifs pour une immigration dont vous avez besoin et que les électeurs approuvent déjà, quelqu’un d’autre présentera des arguments encore plus convaincants contre la majeure partie de celle-ci.
Il est vrai que l’immigration dans l’abstrait est toxique, car les électeurs voient des passages illégaux et de véritables abus de visas commis par des personnes prêtes à enfreindre les règles. Mais le contrecoup ne s’étend pas à l’accueil des meilleurs talents, surtout si cet accueil passe par des programmes légaux, spécifiques et bien conçus. Dans mon livre récent, je montre en détail que les électeurs ordinaires, y compris ceux qui connaissent mal le sujet, savent tout de même distinguer plusieurs types d’immigration. On peut parfaitement vouloir que le gouvernement contrôle la frontière et expulse toutes les personnes présentes illégalement, tout en voulant que les meilleurs scientifiques du monde travaillent ici, et non en Chine.
Ceux qui disent qu’il faut de l’ordre avant davantage d’immigration n’ont pas tort, et j’ai moi-même défendu l’application des règles. Mais qu’attendons-nous exactement lorsqu’il s’agit des meilleurs talents ? Les interceptions enregistrées par la Border Patrol à la frontière sud viennent de tomber à leur plus bas niveau annuel depuis plus de 50 ans. Nous avons encore besoin de davantage de capacité administrative, mais les États-Unis peuvent contrôler et admettre un groupe limité de scientifiques et d’ingénieurs pendant que nous la renforçons. Nous pouvons améliorer ces voies sans attendre un accord sur l’asile ou la régularisation.
Oui, nous l’avons déjà fait
L’immigration a toujours divisé, et pourtant l’Amérique a déjà su le faire : nous pouvons donc recommencer. En 1992, le Congrès a adopté le Soviet Scientists Immigration Act, offrant à des centaines de scientifiques spécialistes de l’armement un accès à la résidence permanente après l’effondrement de l’Union soviétique. Malgré son nom, personne n’y voyait un texte sur l’immigration, et le projet a facilement franchi les deux chambres sur la simple justification de la non-prolifération. L’idée était que faire venir ces chercheurs ici aiderait à empêcher la diffusion de leur expertise chez nos rivaux géopolitiques. Je suis heureux que les membres du Congrès aient pu, au moins à l’époque, s’entendre sur quelque chose de constructif lié à l’immigration sans être d’accord sur tous ses aspects.5
Depuis, cette idée a refait surface dans les deux camps, au Congrès et ailleurs.6 Tout récemment, par exemple, l’Institute for Progress a proposé un Office of Talent Assessment, rattaché au département de la Défense ou au département d’État, pour recruter des scientifiques étrangers de premier plan. La proposition commence par 80 cartes vertes par an pour les recrues principales dans des domaines utiles à la défense. Personnellement, je préférerais quelque chose de bien plus large, tant par le nombre de personnes que par les domaines couverts. Mais l’idée générale est tout à fait sensée : quelqu’un aurait officiellement pour mission de trouver les personnes dont l’Amérique a besoin pour sa sécurité nationale et de les aider à faire carrière ici.
Nous savons que certaines personnes et certains responsables politiques s’opposeront à toute augmentation de l’immigration, quelle que soit la façon de la décrire. La principale leçon historique est que la dissociation est possible. On peut effectivement concevoir un programme migratoire précis autour de bénéfices que les citoyens et leurs représentants peuvent voir, et le faire adopter malgré tous les autres désaccords.
Pourquoi un large soutien continue de perdre
Passons au second volet de mon argument. Si la plupart des gens le souhaitent, pourquoi se passe-t-il si peu de choses ? Outre, bien sûr, le fait que le Congrès ne fait pas grand-chose en général. En plus de 15 ans d’étude de l’immigration et de l’opinion publique, je reviens constamment au même résultat : ceux qui s’opposent à l’immigration ont tendance à la juger plus importante que ceux qui la soutiennent.
Les mêmes recherches ont aussi relevé une différence au sein même du sujet. Les partisans de l’immigration se préoccupent particulièrement d’aider les immigrés moins favorisés déjà présents, tandis que ses opposants se concentrent davantage sur la prévention des arrivées futures. Cela laisse peu de défenseurs aux personnes talentueuses qui pourraient venir ici. Elles ne peuvent pas voter, et personne ne dépend encore des recherches qu’elles pourraient mener ou des entreprises qu’elles pourraient créer.
Je dois reconnaître que mon propre domaine ne fait pas mieux. Les chercheurs sur les migrations, surtout hors de l’économie, ont tendance à traiter l’immigration d’abord comme un sujet humanitaire. D’après mon expérience, les défenseurs de l’immigration et les universitaires comme moi sont rarement émus par le sort des candidats à l’immigration légale bloqués par les plafonds par pays, ou des entreprises américaines qui ne peuvent pas recruter à cause des quotas de visas. En présentant les recherches à l’origine de mon premier livre, on m’a souvent demandé pourquoi on devrait se soucier d’une immigration qualifiée qui n’a pas lieu, alors que tant d’immigrés moins favorisés sont expulsés et refoulés à la frontière en ce moment même.
C’est une question compréhensible, animée de bonnes intentions, mais ma réponse a toujours été la même. Nous vivons en démocratie : il faut donc faire ce qui est bon pour nous dans notre pays et ce qui est populaire, même si cela implique parfois de privilégier certains migrants et certaines politiques plutôt que d’autres. Cela suppose aussi de mieux tenir compte des arbitrages : si nous voulons accueillir les meilleurs scientifiques du monde, nous devrions être prêts à accepter en échange des restrictions ailleurs, notamment sur l’immigration de membres éloignés de la famille ou l’asile. Cela peut aussi aider à construire un système migratoire qui inspire davantage confiance et profite à tous, y compris aux plus vulnérables.
Cette absence de pression soutenue en faveur de l’immigration qualifiée, tant de la part des entreprises que des défenseurs de l’immigration, aide à expliquer comment une administration peut s’y attaquer malgré son large soutien. Au cours de l’année écoulée, l’administration Trump a imposé des frais à six chiffres sur certaines demandes H-1B, puis proposé une nouvelle version. Des employeurs et des États ont contesté les restrictions en justice. Mais lorsque les partisans regardent ailleurs, les restrictionnistes, qui s’opposent à la majeure partie de l’immigration et se trouvent désormais surtout au Parti républicain, ont plus de latitude pour agir au pouvoir.
Ce que vous pouvez faire maintenant
Notre Congrès pourrait, et devrait absolument, élargir les voies légales pour les meilleurs talents. Certains projets bipartisans encourageants ont encore une chance, des visas parrainés par les États aux mesures pour garder davantage de diplômés STEM formés en Amérique. Mais je suis peu optimiste quant à une grande réforme législative dans le contexte politique actuel, surtout si elle est globale. Heureusement, les personnes ici peuvent réellement faire beaucoup sans attendre le Congrès.
Si vous recrutez ou cherchez à être recruté, utilisez davantage le visa O-1A pour les capacités extraordinaires. Le programme n’a ni plafond numérique ni loterie. Ce visa existe, et bien plus d’entreprises et d’immigrés devraient y recourir. Pour certains chercheurs, la dérogation pour intérêt national peut aussi convenir : une carte verte que vous pouvez demander vous-même si votre travail compte pour le pays. Demandez à un avocat spécialiste de l’immigration quelle voie convient à votre situation ou à celle des personnes que vous voulez recruter. Les employeurs devraient payer cette évaluation et l’aide juridique nécessaire pour mener la procédure à bien.7
Et si vous ou votre entreprise avez accès à l’administration, ou même une large audience sur les réseaux sociaux, cela devrait faire partie des sujets que vous soulevez. Expliquez quelles règles vous ont empêché de recruter les meilleurs talents dont vous aviez besoin, surtout lorsque cela répondait clairement à l’intérêt national. Faites pression pour de meilleures règles et des procédures plus rapides, tout en vous opposant aux propositions manifestement mauvaises, comme les nouveaux frais OPT proposés ou la suppression du délai de grâce H-1B.8
Si vous travaillez dans une entreprise d’IA, vous estimez peut-être raisonnablement qu’il vaut mieux ne pas se mettre à dos l’administration actuelle. Vous pensez peut-être aussi qu’avec une IA qui se construit et s’améliore elle-même, vous n’aurez plus besoin d’autant de talents de premier plan. Même si c’est vrai, faire venir les meilleurs talents ici le plus vite possible devient encore plus important. Si les systèmes d’IA doivent bientôt mener une grande partie de leurs propres recherches, les personnes qui les construiront et les superviseront dans les prochaines années détermineront largement la direction de ces recherches. Si les enjeux sont aussi élevés que vous le dites, savoir qui peut travailler sur ces systèmes ici devrait compter davantage pour vous que rester dans les bonnes grâces d’une administration, quelle qu’elle soit.
Si vous êtes philanthrope, vous pouvez financer le recrutement et l’aide juridique pour les visas de capacités extraordinaires et d’autres visas que les petits employeurs ne peuvent pas se permettre. Le travail sur les politiques a lui aussi besoin de personnes et d’argent : des analystes qui lisent chaque règle proposée par les agences et déposent des observations officielles, ainsi que des avocats qui contestent celles qui compliquent l’immigration des meilleurs talents. Bien sûr, certaines organisations, comme l’Institute for Progress, travaillent déjà durablement sur le sujet. Mais il leur faut encore davantage de personnel et de ressources pour pousser les responsables politiques à le prendre au sérieux.
Soyons clairs. Cette année, ce sont les frais OPT et H-1B proposés. L’année prochaine, ce sera quelque chose qui porte un autre nom. Ceux qui tiennent à ce sujet devraient donc disposer d’une capacité permanente de réaction, comme les branches du logement et de l’énergie de ce mouvement le font déjà lorsqu’une décision leur est défavorable. Cette capacité nouvellement créée doit survivre aux changements d’administration.
Si vous travaillez au gouvernement et voulez que l’Amérique prospère en recrutant des talents du monde entier, vous n’avez pas à abandonner ce sujet au seul motif que l’immigration en général est toxique. Que vous soyez démocrate ou républicain, promettre aux électeurs une ligne ferme sur l’immigration ne vous oblige pas à refuser un scientifique chinois qui souhaite être ici et dont ce pays a besoin. Vous pouvez maintenir votre engagement populaire en faveur de l’application de la loi et améliorer en même temps les voies d’immigration qualifiée que les électeurs apprécient tout autant. Le gouvernement devrait aussi investir dans les équipes et les systèmes qui traitent les demandes. Comme je l’ai déjà soutenu, des décisions plus rapides sur les admissions comme sur les expulsions réduisent l’incertitude pour tous, que l’on juge l’immigration en général bonne ou mauvaise. Étendre le traitement accéléré payant à toutes sortes de démarches migratoires pourrait financer davantage de personnel et des délais plus courts.9
Et si vous êtes conservateur, vous savez que vous faites partie de la coalition qui se trouve actuellement du côté restrictif du débat migratoire. Mais cela signifie plutôt que vous devriez défendre encore davantage l’immigration des meilleurs talents. Être sélectif dans les personnes que nous admettons est politiquement avantageux. Tout comme montrer aux électeurs, notamment aux modérés qui hésitent encore entre les deux partis, que les républicains ne sont pas simplement hostiles à tous les étrangers, quelles que soient les circonstances, mais sont un parti qui veut le meilleur pour notre pays. Les partis conservateurs du monde entier peuvent en témoigner.10
Je terminerai donc ainsi. Je vous le dis à la fois en tant qu’immigré venu de Russie soviétique et en tant que personne qui s’est récemment prononcée en faveur du nationalisme américain. Je crois vraiment que l’Amérique est grande parce qu’elle est un lieu de liberté et d’opportunités où ceux qui construisent peuvent concrétiser leurs idées, quelle que soit leur origine. C’est précisément pourquoi la plupart des meilleurs talents du monde veulent encore être ici malgré tous les obstacles que nous plaçons sur leur chemin. C’est notre plus grande force.
Cessons donc de laisser les formalités bloquer les meilleurs talents sans bonne raison. Au bout du compte, si le mouvement du progrès ne peut pas gagner ce combat, dans lequel les faits et le public sont déjà de notre côté, nous ne pourrons gagner aucun des plus difficiles.
-
Lorsque EIG a demandé si « l’ouverture aux meilleurs entrepreneurs, innovateurs et investisseurs » améliorait le niveau de vie aux États-Unis, 84 % étaient d’accord. Dans 12 économies avancées interrogées par Pew, de larges majorités relatives ou des majorités absolues soutenaient l’encouragement de l’immigration des personnes hautement qualifiées. L’enquête nationale de 2024 d’EIG a montré que 74 % des électeurs américains étaient favorables à une augmentation de l’immigration hautement qualifiée, ou 78 % après en avoir reçu une définition. De plus, 79 % estimaient qu’accueillir les meilleurs scientifiques et ingénieurs était important pour rivaliser avec la Chine. Dans des expériences conjointes par sondage, l’éducation et l’exercice d’un métier qualifié figurent parmi les prédicteurs les plus forts de l’acceptation dans différents pays et groupes. ↩
-
Bien entendu, les mouvements de l’« abondance » et du « progrès » ne sont pas identiques. Dans les grandes lignes, l’abondance se concentre sur l’accès aux technologies existantes et la suppression des obstacles réglementaires, tandis que le progrès vise à repousser la frontière technologique. L’argument présenté ici s’applique également aux deux : j’utiliserai donc les termes indifféremment. ↩
-
Dans Voices of Innovation, CSET a identifié 217 chercheurs de premier plan en IA travaillant aux États-Unis, à partir de mesures de publications et de citations pour 2010–2021. Environ 70 % étaient nés ou avaient été formés à l’étranger. Parmi les chercheurs les mieux classés, à peu près les 20 % supérieurs, travaillant dans des institutions américaines, 38 % avaient étudié en Chine et 37 % aux États-Unis. ↩
-
L’enquête a touché 524 chercheurs ayant publié dans les principales conférences d’IA. Parmi les répondants vivant aux États-Unis, 69 % ont désigné les difficultés de visas et d’immigration comme un sérieux obstacle à une recherche de haute qualité. Les perspectives professionnelles étaient le facteur le plus souvent cité dans les décisions sur le lieu où s’installer. ↩
-
Le Soviet Scientists Immigration Act de 1992 a initialement offert à un maximum de 750 scientifiques et ingénieurs admissibles une voie vers la résidence permanente, sans l’exigence habituelle d’une offre d’emploi. L’admissibilité reposait sur une expertise liée aux armes de destruction massive. Le dossier législatif indique une adoption par vote oral, et le président George H. W. Bush l’a signé le 24 octobre 1992. Operation Paperclip est un exemple plus ancien, même si moralement un peu plus compromis, de recrutement délibéré : après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont fait venir des spécialistes allemands, y compris des personnes impliquées dans le régime nazi. ↩
-
En 2020, le démocrate Jim Langevin et la républicaine Elise Stefanik ont présenté le National Security Innovation Pathway Act. Il aurait créé une voie vers la résidence permanente pour les scientifiques et d’autres experts dont le travail servait clairement la sécurité nationale américaine, selon l’appréciation du département de la Défense. Malheureusement, comme beaucoup de bonnes idées bipartisanes sur les migrations, le projet n’est pas devenu une loi. ↩
-
O-1A exige un prix majeur ou la satisfaction de trois critères sur huit, ainsi qu’un employeur ou un agent pour déposer la demande. C’est un statut temporaire, et les conjoints à charge ne peuvent pas travailler. La dérogation pour intérêt national est une carte verte EB-2 que toute personne titulaire d’un diplôme de deuxième cycle ou supérieur peut demander seule, depuis n’importe quel pays et dans n’importe quel domaine, si son travail sert l’intérêt national. Elle est soumise aux plafonds par pays, donc peu utile pour l’instant aux candidats indiens et chinois, et les taux d’approbation ont fortement chuté depuis 2023. ↩
-
La proposition du DHS du 11 septembre supprimerait le délai de grâce discrétionnaire allant jusqu’à 60 jours après la perte d’emploi pour les travailleurs concernés, dont les titulaires O-1 et H-1B. Sa proposition du 25 août ajouterait 103 265 dollars de frais aux demandes H-1B soumises au plafond, y compris celles relevant de l’exemption pour les diplômes de deuxième cycle ou supérieurs. Sa proposition du 8 octobre fixerait à 70 000 dollars les frais d’Optional Practical Training (OPT) de chaque étudiant, qui permet aux étudiants internationaux de travailler dans leur domaine d’études, plus 30 000 dollars pour la prolongation STEM. ↩
-
La proposition de Di Martino de 2022 estimait à 4,33 milliards de dollars les recettes annuelles supplémentaires selon ses hypothèses de frais et de recours au service. Les extensions concrètes comprennent les autorisations de travail H-4 et les demandes d’ajustement de statut fondées sur l’emploi (I-485). ↩
-
Au Canada, par exemple, après la fusion du Reform Party hostile à l’immigration avec le Conservative Party il y a plus de 20 ans, les conservateurs ont trouvé plus avantageux de courtiser les électeurs immigrés que de les diaboliser, comme je l’explique dans mon livre. ↩
